Dictionnaire philosophique

Dictionnaire philosophique
Authors: André Comte-Sponville
Catalog: Book
Media: Broché
Release Date: 01 November, 2001
Publisher: Presses Universitaires de France - PUF
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Déroutant et décevant
André Comte-Sponville a voulu s'essayer à la rédaction d'un dictionnaire. L'analyse des termes qu'il propose n'est pas trop mauvaise en soi, cela peut, dans la plupart des cas être très constructif et mener à une propre réflexion. Le reproche que je ferais néanmoins à Comte-Sponville sur - appelons-le comme ça -"cet essai" est qu'il est totalement incomplet. Or, un dictionnaire incomplet ne peut être bon. L'étudiant comme le lecteur qui choisit un dictionnaire pour outil et qui tombe sur celui-là, serait carencé. C'est ma plus grande déception d'André Comte-Sponville. J'invite donc à la prudence... également dans certaines restrictions dans les termes et surtout de trop grands raccourcis...
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement.
C'est un dictionnaire philosophique, sans doute, mais c'est aussi autre chose et bien plus. D'abord c'est le dico d'exception qui vous donne l'impression que tout s'éclaire d'un coup. Et c'est bien plus qu'un dico, c'est l'exposé synthétique de la pensée de Comte-Sponville avec son parti pris si rare et précieux de penser notre dure condition le plus loin, lucidement et clairement possible, à l'écart des modes jargonesques mallarméennes énigmatiques dont la philo souffre tant.
Une approche conceptuelle personnelle et intéressante
Je me permet de réagir à la critique qui a été faite de ce dictionnaire, qui ne prétend nullement à l'objectivité et qui n'est pas du tout, à mon sens, réactionnaire et néo-kantien comme le postule une critique précédente. Cela pour deux raisons : tout d'abord, ce dictionnaire est une "perspective critique", c'est-à-dire qu'il nous donne la conception philosophique de tel ou tel terme selon Comte-Sponville, avec des évidentes prises de parti, qu'il convient de ne pas confondre avec une partialité péremptoire.

Je crois, « je », car il s'agit de mon sentiment personnel, ayant lu Sponville de près comme de loin, qu'il a un souci d'honnêteté assez aigu et vrai; n'allons pas chercher du réactionnaire là où il n'y en a pas : Comte-Sponville ne cherche pas à revaloriser les institutions antérieures, et n'est absolument pas opposé aux évolutions sociales. Humaniste et libéral, en effet, mais je ne vois pas pourquoi qualifier ce libéralisme de "douteux" comme dans une précédente critique ? La philosophie au service de la vie, tel est le mot d'ordre de Comte-Sponville.

Evidemment qu'il y a des failles, des idées personnelles, qui ici vont à l'encontre de la conception classique du dictionnaire rigoureux et impartial (qui d'ailleurs ne l'est jamais - les lexicographes étant plus ou moins normatifs, etc.) : l'auteur définit les concepts d'après la fusion entre la définition philosophique traditionnelle et celle, plus personnelle, relative à sa philosophie. N'est-ce pas là une perspective d'étude intéressante ? Quant à parler de néo-kantisme, ce me semble un contresens total : dans son entretien 'L'amour, la solitude', Sponville nous fait bien comprendre sa circonspection quant au criticisme kantien « si Kant avait raison, tout le monde serait kantien ». Quand bien même Sponville voudrait restaurer « un humanisme désuet », en quoi en est-il condamnable ? Bon ou mal, son jugement, si jugement il y a, est légitimé par une philosophie étonnamment personnelle, d'un éclectisme partiel, et par des idées brillantes et fort probantes.

Qu'importe la politique de Sponville, il s'agit de juger une Suvre philosophique, pas politique. Il ne s'agit pas de débattre sur la valeur des idées de gauche ou de droite, mais de s'atteler à une critique juste, pour cerner les qualités et les défauts de l'ouvrage. Je (oui, encore un « je ») signale au passage que le jugement de goût péremptoire fait par Lhuillier, dans sa prétention à l'universel, est hautement kantienne - donc en contradiction avec le contenu même de son message ; une extrapolation un peu osée, mais si ce n'est pas le cas, alors l'égocentrisme de la critique est beaucoup plus subreptice que pour le critique qui parle à la première personne.

On peut reprocher à Sponville sa liberté définitionnelle (excusez le terme), qui le conduit parfois à critiquer les mots eux-mêmes de façon un peu hâtive et partielle (je pense notamment à l'article « subsomption » et « subsumer ».) Je reproche à la critique de Lheuillier d'être catégorique, de ne voir que les défauts du présent livre. « Le plus mauvais philosophe actuel », on croit rêver, comment peut on se permettre cette affirmation injustifiée et ad hominem ?

Pour ce qui est du problème du sérieux de la philosophie, il me semble que chez Sponville ce sérieux est loin d'être austère et terne, bien loin « d'ériger des principes universels et moraux » (il ne s'agit pas ici de critiquer son Petit traité des grandes vertus), puisqu'il refond le principe lui-même de la philosophie et se refuse à toute complexité de la pensée. L'abord humoristique de la philosophie relève plus d'une certaine conception de sa pédagogie et lui confère un intérêt ludique, peut-être plus enclin à la démocratisation de la discipline (sous réserve...). La démarche reste cependant ardue, notamment pour se confronter à l'héritage philosophique ; si l'on veut attaquer ce dictionnaire sur son sérieux, il faut de même s'en prendre à 99% des autres. Un défaut doit être en propre à un livre, et s'intégrer à une étude critique qui en cerne la démarche et les prétentions. Sponville n'a pas la prétention d'être infaillible, ni d'illuminer les masses par un moralisme d'une rigueur kantienne. Il est vrai que l'on peut rapprocher sa démarche avec le criticisme kantien ; mais le rapport idéel est véritablement sans lien : étiqueter un philosophe comme Sponville de néo-kantien-libéral-douteux-réac me semble, sinon un conglomérat de contresens, une flopée d'extrapolations « douteuses », et autant de concepts-autocolants pour faire 'bien' et affecter une volonté critique un peu creusée.

Nul besoin d'encenser l'oeuvre, dont la personnalité est à la fois la force et la faiblesse - la définition étant parfois limité à la concption qu'en à l'auteur. Cependant, il convient d'en défendre les qualités philosophiques: le dictionnaire est assez complet, loin d'être obscur. Une mine d'idées, servies par des citations et conceptions d'autres philosophes à profusion.

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