Authors: Claude Gauvard, Michel Zink, Alain de Libera
Catalog: Book
Media: Relié
Release Date: 15 October, 2002
Publisher: Presses Universitaires de France - PUF
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Une richesse extraordinaire amoindrie par des scories
Un gros volume extrèmement riche, et pourtant j'insisterai sur la prudence dans sa consultation. J'ai consulté certains articles et j'ai pu constater des erreurs importantes. Quand on parle des bénédictins et qu'on ne cite pas l'Abbaye de La Chaise Dieu mais seulement Cluny, on fait Suvre de réduction de la vie religieuse au 10ème - 11ème siècles. Même les Bénédictins sont traversés d'importants débats et la rivalité Cluny-La Chaise-Dieu est fondamentale. Quand on parle des Saint Benoit fondateurs des Bénédictins et qu'on ne signale pas leurs attaches à la cosmologie celte qu'ils récupèrent largement, on fait Suvre d'intégrisme catholique étroit. Quand on parle de Beowulf et que l'on assure que ce poème est non-chrétien parce que le seul personnage historique est Hygelac, mort en 523 avant la christianisation des anglo-saxons on se trompe totalement pour trois raisons. D'une part ce n'est pas la présence de Hygelac qui donne la date de composition du poème (généralement située au 9ème ou 10ème siècle, même si la copie que nous en avons est du 11ème siècle), date qui devrait être tirée de la langue elle-même (et là c'est bien le 9ème siècle au plus tôt du fait des voyelles par exemple qui sont beaucoup plus nombreuses que dans les autres dialectes scandinaves et germaniques et donc qui révèlent une présence d'au moins deux ou trois siècles en Angleterre, même si on peut penser que la copie a enrichi le texte, bien que la rythmique et les assonances dictent l'état de la langue). D'autre part on ignore totalement l'historien écclésiastique Bede (7ème - 8ème siècles) qui démontre une christianisation bien antérieure à sa propre mission d'évangélisation. Finalement dire que ce poème n'est pas chrétien est absurde, que Jésus n'y est pas cité c'est de l'ignorance, car il est cité sous le nom de Metod que Fernand Mossé définitivement identifie comme une désignation de Jésus, et car l'un des arguments fondamentaux du poème c'est justement la christianisation des croyances anciennes qui progressivement sont intégrées à la vision chrétienne du monde. Donc très riche mine d'information mais à prendre avec prudence. Surtout que les célèbres sept péchés capitaux deviennent huit sans la moindre explication et que les sept vertus cardinales ne sont même pas citées nommément.
Dr Jacques COULARDEAU
ORIENTE
Nul dictionnaire ne saurait être parfait et la somme d'informations contenues dans celui-ci est considérable. La note moyenne que nous lui accordons est peut-être sévère, mais elle résulte du fait que l'image donnée du Moyen-Age est partiale et anachronique.
Partiale, car le gros de l'effort porte sur la philosophie et la littérature. Si l'Histoire n'est pas trop négligée, les arts plastiques sont traités de manière plutôt sommaire, tandis que la musique est réduite à une portion aussi congrue qu'incongrue. Les auteurs théologiques sont surtout mis en valeur en proportion de leur importance philosophique, ce qui traduit déjà les préoccupations contemporaines des auteurs et nous conduit au deuxième point.
Anachronique, car le Moyen-Age est moins déchiffré pour lui-même qu'en fonction de notre époque. Cette vision extérieure se traduit par exemple par une particulière mise en valeur des supposés dissidents, comme Abélard, ou hérésiarques comme Bérenger de Tours. En revanche, et pour ne citer que ce cas, Guigues 1er de Chartreuse ne bénéficie pas d'un article isolé et, si on le rencontre au détour d'une page, c'est principalement pour évoquer son rôle d'organisateur de l'Ordre cartusien (ses 'Coutumes de Chartreuse' sont citées dans la bibliographie), sans aucune allusion à son autre chef d'oeuvre, les 'Méditations', pourtant publiées dans la collection 'Sources Chrétiennes' et qui font excellente figure dans la lignée des pensées de Marc Aurèle. Certains auteurs, au diapason du manque d'intérêt théologique de l'ouvrage, se sont d'ailleurs adonnés au service minimum: c'est ainsi que l'article sur Rupert de Deutz plagie allègrement la présentation de cet auteur par J. Gribomont en tête du tome 1 des 'Oeuvres du Saint-Esprit' dans la collection 'Sources Chrétiennes'. Mais le comble du goût du jour est atteint par un énorme article sur l''Environnement', un mot dont l'auteur est bien obligé d'avouer d'emblée qu'il n'avait pas au Moyen-Age le même sens qu'aujourd'hui.
Nul doute que ce dictionnaire sera chaudement recommandé aux étudiants médiévistes par notre système éducatif dont la priorité est de retrouver dans l'Histoire des points sur lesquels appuyer son idéologie.
Si vous préférez accéder à une connaissance plus intime de l'époque traitée, le 'Dictionnaire Encyclopédique du Moyen-Age' en deux volumes paru aux éditions du Cerf (avec versions anglaise et italienne en partenariat) fera mieux l'affaire.
Tout ça pour ça!
Tant d'années de travail, tant de spécialistes reconnus pour... ça??? Le choix des articles est arbitraire, traduit une conception de l'Histoire complètement dépassée (il n'y en a que pour la diplomatique, le droit dans son sens le plus étroit)... Des biographies de personnages, mais pourquoi ceux-là et pas tant d'autres? Des villes et pas d'autres, mais pourquoi ce choix? Dans les articles à caractère général (servage, justice, parlement...), on croit pouvoir trouver une synthèse générale, avant de se rendre compte qu'il n'est question que de la France, les historiens français semblant incapables de s'intéresser à ce qui se passe au-delà . Bref, toutes les tares de l'Université française en un volume même pas beau. Une parution à oublier.
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