Authors: Charles Rosen
Catalog: Book
Media: Poche
Release Date: 22 November, 2000
Publisher: Gallimard
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Un chef-d'oeuvre d'intelligence, un livre essentiel
Si la véritable intelligence est de découvrir des liens entre des choses n'en ayant apparemment pas, et des différences entre des choses n'en présentant apparemmant pas, le livre de Rosen est une rare merveille.
Malmenant bien des clichés - en particulier sur Beethoven - il captive le lecteur par ses analyses et l'éblouit par ses connaissances.
On sort un peu transformé de la lecture de cet ouvrage, et l'on ne voit plus la musique de la même façon, car l'on a compris quelque chose d'essentiel : sur Haydn, Mozart et Beethoven, bien entendu, mais également sur l'appréhension générale de la musique.
Un modèle de clarté et d'intelligence en analyse musicale.
Rosen est fils d'une école qui privilégie la matériau et les formes dans la musique. Son ambition dans le Style classique est de présenter ce qui relie Haydn, Mozart et Beethoven du point de vue de l'écriture musicale. Beaucoup d'étudiants en musicologie et musicologues connaissent la formule selon laquelle à partir de Haydn, la forme sonate gagne en efficacité dramatique grâce au bon usage à grande échelle des relations de tonalité, notamment les relations de tonique à dominante. Du jargon, il y en a un peu. Cependant, ne boudons pas notre plaisir car Rosen connaît ce répertoire et il le connaît sur le bout des doigts (c'est le cas de le dire !). De l'analyse musicale avant toute chose ? Certes, mais pas n'importe laquelle, puisque l'observation du moment critique d'un mouvement, celui où la logique formelle se dévoile, celui où tout bascule vers tout autre chose, vers plus de clarté, cette observation analytique se double d'un intérêt de même niveau pour l'effet produit sur l'auditeur. Si le Style classique est devenu un must dans les classes d'histoire de la musique et d'analyse, on pourrait aussi lui faire quelques reproches. La trinité Haydn-Mozart-Beethoven ne forme une école que dans l'imaginaire des critiques et mélomanes, ceci depuis le XIXe siècle. Il aurait peut-être été opportun de s'interroger sur l'origine et la perennité de ce regroupement. En outre, Rosen se défend tant bien que mal au début de son ouvrage contre les critiques qui ont été formulées à l'égard de sa démarche stylistique fondée sur l'analyse des oeuvres les plus originales du répertoire. En effet, pourquoi avoir évacué la question des productions mineures, des compositeurs aujourd'hui tombés dans l'oubli mais qui à l'époque ont contribué à forger le style classique ? Enfin, qu'en est-il des théories esthétiques de l'époque ? La vision formaliste correspond bien à notre regard scientifique sur la musique, mais en restant accrochés à nos habitudes vingtiémistes, nous oublions que le style classique repose aussi sur l'emploi de formules qui avaient chacune un sens expressif dans le cadre d'une théorie des passions. Depuis la première parution en anglais de l'ouvrage de Rosen en 1971 (sans le chapitre sur les dernières années de Beethoven), beaucoup de choses justes ont été écrites sur le style classique et on ne peut l'ignorer. Cependant, l'apport de Rosen reste indiscutable.
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